ELECTRONIC BODY MUSIC

Le bruit qui danse

 
J.L. de Meyer (Front 242) - 1999
Photo : Stéphane Burlot

Tandis que la new-wave synthétique, la techno-pop et les néo-romantiques occupent les premières places des charts, certains artistes se décident à pousser plus loin le travail des pionniers de ces styles. Décidés à renier de façon radicale les clichés du rock et de la pop, influencés par l’attitude punk (“je ne sais pas jouer d’un instrument mais ça ne m’empêche pas de faire de la musique”) et adeptes d’une technologie qui colle à leur époque, de nombreux artistes européens créent une musique où la mélodie passe au second plan et dans laquelle compte avant tout la texture sonore et le rythme.

Sorte de réaction à la new-wave mélodique, cette musique que l’on nomme déjà “techno”ou électro” génére une nouvelle révolution musicale et esthétique. Des sons agressifs hérités des premiers combos industriels (Throbbing Gristle, Einstürzende Neubauten), des rythmes binaires martiaux et dansants, un “chant” composé de slogans éructés, le tout enrobé d’une imagerie para-militaire, virile ou fétichiste.

Les anglo-saxons appellent cela
industrial music ou alternative dance, les belges de Front 242 créent l’appelation “Electronic Body Music” (EBM), tandis que la France parle de “rock belge”, d’“électro industrielle” voire simplement de “musiques synthétiques”.

Et si l’explosion punk, puis gothic, est venue presque exclusivement du Royaume-Uni, c’est cette fois de Belgique, d’Allemagne et même du Canada que débarquent ces mâles musclés aux cheveux courts, partisans d’un son qui se nourrit d’influences exclusivement européennes (Kraftwerk, Cabaret Voltaire).

Préfigurant la techno, l’acid-house et la trance des années 90, cette musique à la fois terriblement déshumanisée et puissament physique parvient à faire danser un public à l’allure cybernétique sur des rythmes syncopés, porteurs de textes évocants avec violence les tourments de l’âme humaine et les aberrations de la société moderne (conflits armés, omniprésence des médias, guerres économiques). Parvenant à rameuter un public gothique vers la fin des années 80, lorsque celui-ci sent que son mouvement s’essouffle, l’EBM constitue également une réponse cinglante du reste de l’Europe à la domination de l’Angleterre sur les musiques sombres.

Rédacteur : Christophe Lorentz



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